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15/03/2015

Les relations lycées et entreprises - évaluation du CEREQ

Un article du CEREQ (Centre d’études et de recherches sur les qualifications) montre à la fois l’intérêt de ces ouvertures dans les relations lycées - entreprises, mais aussi des résistances (on parle d’une confrontation « redoutée »). Des pistes d’action…

Nous nous sommes permis de reproduire pour l’essentiel cet article en raison de la qualité de cette analyse – évaluation et de ses enseignements.

Il sera intéressant d’évaluer dans quelque temps comment les campus des métiers et qualifications se sont emparés de cette question et quelles innovations ont pu être apportées dans cette relation complexe…

RENFORCER LE LIEN ECOLE ENTREPRISE POUR FACILITER L’INSERTION DES LYCEENS PROFESSIONNELS

L'histoire des relations entre les lycées professionnels et les entreprises de leur territoire est déjà ancienne. Les « périodes de formation en milieu professionnel» (PFMP), plus communément appelées « stages », font partie intégrante des formations et les employeurs participent aux jurys d’examen. Ces pratiques sont principalement à visée formative et évaluative. En juillet 2013, les pouvoirs publics ont inscrit dans la loi leur volonté de renforcer les liens entre l’école et l’entreprise. Ils ont créé en octobre le Conseil national éducation économie (CNEE) chargé de promouvoir cette politique et notamment d’élargir le champ de ces coopérations. Parallèlement s’achevait une expérimentation renvoyant à la même préoccupation, initiée conjointement par le Fonds d’expérimentation pour la jeunesse (FEJ) et la Direction générale de l’enseignement scolaire (DGESCO).

Son objectif était de « sécuriser » l’entrée dans la vie active des lycéens professionnels en les outillant pour leur recherche d’emploi et leurs premiers pas dans l’entreprise. Pour cela, les lycées professionnels étaient appelés à nouer des partenariats avec des entreprises, pour des actions visant à faciliter la transition de la position d’élève à celle de salarié. Le Céreq a évalué cette expérimentation qui permet d’éclairer les enjeux et d'avancer quelques propositions pour l'action.

Les enjeux d’une ouverture au monde de l'entreprise

Initialement, les bacheliers professionnels étaient supposés entrer sur le marché du travail dès l’obtention du diplôme. Or, aujourd’hui, une part croissante d’entre eux opte pour une poursuite d’études dans la foulée du baccalauréat, la plupart en vue d’obtenir un BTS. En 2012-2013, 29 % des bacheliers professionnels ont intégré l’enseignement supérieur, hors apprentissage. Cette évolution interroge le moment propice pour des actions visant à faciliter l’entrée dans la vie active. L’évaluation donne à penser que les actions expérimentées peuvent être utiles tant pour les futurs étudiants que pour ceux qui s'engageront dès leur diplôme en poche dans une recherche d’emploi. En effet, la poursuite d’études suppose souvent de faire acte de candidature, ce qui peut impliquer de présenter des CV, des lettres de motivation ou de réaliser un entretien, notamment quand le jeune envisage une formation en alternance.

Tous les lycéens professionnels sont donc susceptibles de trouver un intérêt à nouer des relations avec des professionnels à même de les aider à maîtriser les outils qui leur seront nécessaires, mais aussi soucieux de leur ouvrir les yeux sur les attendus.

Au-delà des stages inscrits dans les programmes, certains lycées professionnels mobilisent les entreprises sur le registre de l'aide à l'insertion. Soucieux de mieux armer les lycéens face au marché du travail, les pouvoirs publics encouragent ces actions et cherchent à les généraliser. Une expérimentation menée dans trois académies s'inscrit dans cet objectif. Son évaluation pointe un obstacle majeur, l'absentéisme des élèves, et souligne l'importance de l'implication des équipes.

Ces travaux sont soutenus par le Fonds d’expérimentation pour la jeunesse mis en œuvre par le ministère chargé de la jeunesse.

Le professionnel, témoin ou conseiller

Deux catégories d’actions, renvoyant à deux figures du professionnel, ont été observées.

Un premier type d’action fait appel au professionnel en tant que témoin. Celui-ci peut intervenir au sein du lycée pour présenter son entreprise, voire son propre parcours professionnel.

L’élève peut également être amené à le rencontrer dans le cadre de salons ou de forums pour l’emploi. Des visites d’entreprises peuvent aussi être organisées par les équipes enseignantes, permettant aux jeunes de découvrir le « terrain ». Les bénéfices de ces actions sont de plusieurs ordres. Dans le premier cas de figure, le récit du parcours de l’intervenant peut contribuer au dessin d’un horizon et au repérage des différentes étapes qui permettent de l’atteindre.

Les élèves sont friands de témoignages. Ceux-ci facilitent la projection dans un univers souvent opaque qu’ils n’entrevoient qu’au travers des stages, par bribes, en fonction des lieux dans lesquels ils les réalisent. La diversité des entreprises présentes dans les salons élargit la connaissance des différents contextes d’activité sur le marché du travail. La visite d’entreprise est particulièrement appréciée des élèves. Ils peuvent y observer les différents postes de travail sur lesquels ils pourraient être amenés à travailler et surtout envisager les progressions professionnelles possibles.

Ces rencontres permettent également aux jeunes d’identifier des recruteurs potentiels et aux professionnels d’élargir le vivier des futurs candidats aux emplois qu’ils pourraient offrir.

Un second type d’action fait appel au professionnel en tant que conseiller. Il s’agit alors pour celui-ci d’intervenir dans le cadre d’une relation interindividuelle avec le jeune. Bien souvent, l’organisation des rencontres s’opère par l’intermédiaire d’une association composée de bénévoles : chefs d’entreprise, salariés ou retraités.

L’action vise à travailler tout à la fois sur les savoir-faire et sur les comportements appropriés dans le monde de l’entreprise. Le prétexte à la rencontre est généralement de travailler à la confection du CV ou de la lettre de motivation et de procéder à des entraînements à l’entretien d’embauche. Au-delà des bénéfices qu’en retire le jeune en termes de savoir-faire pour sa recherche d’emploi ou ses candidatures en vue d’une poursuite d’études, la rencontre est souvent à l’origine d’une valorisation : « si ce professionnel prend le temps de m’aider,gratuitement, c’est que je le vaux bien ».

Les actions impliquant des professionnels sont parmi les plus appréciées par les élèves. En effet, ces intervenants bénéficient d’un crédit solide auprès des jeunes. Leur parole est mieux entendue que celles des enseignants que les élèves estiment trop éloignés du monde de l’entreprise, même quand ceux-ci en sont issus. Pourtant, l’observation directe de séances a montré que parmi les professionnels-témoins, tel ou tel aurait pu améliorer sensiblement le contenu de son exposé.

Par ailleurs, les entretiens réalisés avec les élèves ont également mis en évidence quelques réserves de leur part. Certains ont ainsi regretté que leur lycée n’ait pas donné suite à leur demande de visiter des structures relevant d’autres champs professionnels que ceux correspondant à leur filière de formation. Il s’agissait de jeunes filles de la section Services de proximité et vie locale (SPVL) intéressées par des métiers du sanitaire (aide-soignante, aide-puéricultrice, etc.) alors que leur formation les prédisposait à travailler dans le domaine social.

En outre, l'expérience des professionnels-conseillers était souvent sans rapport avec les principaux emplois visés par la formation. S’agissant généralement de bénévoles intervenant dans un cadre associatif, il était en effet difficile de trouver suffisamment de profils en adéquation avec les métiers préparés. Toutefois, ces désajustements n’ont pas affecté de manière sensible l’adhésion des élèves concernés. De fait, ils apparaissent relativement mineurs par rapport au réel problème qu’a constitué un absentéisme souvent important, et parfois massif, aux séances programmées.

En effet, la principale difficulté rencontrée a été d’amener les élèves à participer aux actions proposées, même quand leur présence était obligatoire…

D’une part parce que le taux d’absentéisme habituel diffère sensiblement selon les sites, mais aussi parce que les équipes pédagogiques ne se sont pas toutes impliquées avec la même intensité dans l’expérimentation. La cohésion autour de l’équipe projet et l’attention apportée par les enseignants à la situation personnelle de chaque élève ont constitué des facteurs importants d’implication des jeunes. Au final, il apparait que ce sont souvent les élèves consciencieux et confiants dans l’institution qui ont le plus adhéré aux actions proposées. Or, ce ne sont probablement pas eux qui en auraient eu le plus besoin.

La propension à l’absentéisme n’a pas été propre aux séances avec des professionnels, mais elle avait dans ce cas une connotation particulière. En effet, celles-ci étaient à la fois particulièrement attractives et plus que les autres redoutées.

Manque de confiance en soi, sentiment de ne pas se montrer à son avantage sous son apparence habituelle de lycéen, crainte qu’un jugement désapprobateur ne handicape d’éventuelles candidatures ultérieures ? Toujours est-il que nombre d’élèves se sont dérobés à la confrontation avec de « vrais » employeurs.

De l'évaluation découlent des pistes d’amélioration, notamment à partir de l’analyse des difficultés rencontrées.

Des propositions pour l'action

Sur la nature des actions à envisager, il est souhaitable d’articuler deux volets complémentaires : programmer des moments de rencontre entre professionnels et élèves, mais aussi mettre en place localement au moins un dispositif pérenne.

Concernant les actions ponctuelles animées par des professionnels, l’idéal serait de les intégrer dans le programme du baccalauréat professionnel. Les équipes pédagogiques s’en saisiraient plus facilement et cela donnerait à ces séances davantage de légitimité aux yeux des élèves : elles seraient inscrites dans l’emploi du temps ordinaire de la classe et les acquis seraient évalués. Cela permettrait d’organiser une progression de la seconde à la terminale, en commençant par exemple par les visites d’entreprises et les témoignages de professionnels pour renforcer l’adhésion à la filière de formation. Ensuite, des professionnels conseillers pourraient intervenir lors de la recherche de stage, conçue comme un apprentissage des méthodes de la future recherche d’emploi. Ce serait aussi reconnaître qu’organiser un tel dispositif représente pour l’établissement scolaire un travail à part entière qui requiert un temps spécifique. À cet égard, il pourrait être pertinent de mutualiser les forces disponibles en organisant des actions communes à l'ensemble des élèves d’une même filière dans un même bassin de formation.

Quant aux dispositifs pérennes, en voici deux exemples concrets : un lieu équipé pour la recherche de stage et d’emploi, ouvert aux élèves et aux anciens élèves, qui soit aussi un lieu de rencontre pour les entretiens avec des employeurs potentiels.

Un des lycées étudiés avait assigné cette fonction à une pièce située près de l’entrée, à distance des salles de cours.

Autre option, la création d’un site internet avec une déclinaison propre à chaque filière de formation pour tisser des liens au niveau local entre enseignants, élèves, tuteurs de stage, professionnels témoins et conseillers. Avec pour objectif, à terme,de constituer un réseau d’anciens élèvessusceptibles de devenir à leur tour tuteursde stage ou employeurs.

Ces quelques pistes pourraient permettre de concrétiser la volonté des pouvoirs publics de renforcer les liens entre l'école et l’entreprise.

L’expérimentation a toutefois montré que la poursuite de cet objectif suppose une volonté sans faille pour surmonter de multiples obstacles, dans des établissements où tous les protagonistes se concentrent sur l’objectif du diplôme, et où subsistent de solides poches de résistance à l’ouverture au monde de l’entreprise.

Article publié par le CEREQ – BREF n° 320 Avril 2014

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