Ecodev Conseil
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93170  Bagnolet

20/11/2016

QUEL LEVIERS POUR L’ECONOMIE CIRCULAIRE ?

Pour des projets territoriaux plus intégrés (« schémas territoriaux pour l’économie circulaire »).

La bonne échelle, c’est la grande échelle !

On le vérifie bien en observant comment le site pionnier de Kalundborg au Danemark a évolué dans le temps, c’est-à-dire en près de 40 ans, comment il s’est enrichi et élargi.

Comment évaluer la progression potentielle de « circuits » vertueux et l’activer ? Quels indicateurs de circularité adopter (volumes x typologies de produits/matières x vitesse de circulation x valeur ajoutée créée), car rien n’est encore bien établi sur ce plan ?

Or c’est tout à fait nécessaire si l’on veut apprécier en effet la valeur ajoutée effective de la démarche adoptée, avec des indicateurs de performance suffisamment globaux.

L’Economie circulaire, c’est en réalité un processus d’apprentissage de nouvelles pratiques productives, de sourcing, et de conception même des produits et des services (des services qui permettent de les diffuser) « sans trop tirer » en amont sur les ressources ….

Et ses étapes sont multiples, locales, imbriquées, et appréhendent des implications plus systémiques, beaucoup larges et complexes ; comment aller plus loin, plus vite  dans la mise en pratique?

Les dix commandements de l’économie circulaire !

1°/ Identifier les projets cibles susceptibles d’impacts sensibles et visibles à relativement court terme.

Cette identification va s’appuyer soit sur des pratiques préexistantes, partiellement engagées mais que l’on peut optimiser et amplifier, soit sur des enjeux nouveaux (par exemple le programme de travaux du Grand Paris).

2°/Rassembler les opérateurs pertinents et qualifiés (publics mais aussi privés, associatifs …).

3°/ Travailler en séquences (au plan spatial, au plan temporel) et non au « coup par coup », en s’appuyant sur des « démonstrateurs » en grandeur réelle, susceptibles à leur tour d’essaimer (voir ADVANCITY)[1] à l’échelle d’une aire métropolitaine étendue, à travers des économies d’échelle et un modèle économique bien étayé …

4°/ Des initiatives en boucles : un circuit d’acteurs économiques qui s’auto fournissent (en matières, fluides, chaleur, énergies …) à l’échelle d’un territoire local, d’une zone d’activités, d’un bassin, d’une agglomération, d’une vallée, comme celle de la Seine Aval, par exemple et optimisent les flux et stocks de matières recyclables, de matériaux de construction, de foncier ….). C’est la version la plus simple, qui transpose le schéma de Kalundborg.

5°/ « Vers un métabolisme régional ». Avec des « super boucles », c’est-à-dire des boucles locales interconnectées ! Exemple, en Wallonie (démarche NEXT). La publication de l’IAU IDF (Economie circulaire et écologie industrielle) évoque également cette configuration en multiples anneaux à l’échelle de l’Ile de France. Voir les « boucles produits » du mouvement coopératif agricole …

6°/ Des « hyper boucles » tissent un maillage étendu. Une logistique intermédiaire ne devient-elle pas alors nécessaire ? Avec des « bourses de ressources » et des lieux d’échanges ? Aussi dans le domaine des services, qui reste à défricher dans sa complexité.

7°/ Un modèle économique à promouvoir pour que l’Economie Circulaire parvienne à s’autofinancer et devenir un marché porteur à part entière qui tend à trouver son propre équilibre.

8°/ Des adaptations vont être nécessaires dans le domaine de la fiscalité (Tva à taux réduit, fiscalité locale modulée) et des transports de marchandises (logistique urbaine, courtes distances …).

9°/ Cibler local, oui, mais raisonner plus global (pour envisager des filières européennes et des surtout des coopérations technologiques à cette échelle!).

10°/ Quelle gouvernance ? La question est incontournable, pour peu que le terme renvoie avant tout à la recherche d’un processus d’organisation, de gestion et de décision qui concilie à la fois efficacité et ouverture à une gamme large d’intervenants. La région parait le bon niveau, relayé (pour la France), par les métropoles et agglomérations. Et acteurs de l’industrie et de la recherche et développement doivent pouvoir y jouer un rôle clé, associant ou suscitant l’association de consortiums d’entreprises – comme le pôle de déconstruction de Roanne, ou bien encore les consortiums scientifiques portés par l’Ecole des Mines (autre exemple, le consortium de l’économie circulaire mis en place à l’occasion de l’Expo universelle de Milan).

d'après Goubard/ADEME

Les 5 leviers pour l’économie circulaire :

  • La perspective de l’épuisement des ressources et les tensions subséquentes (prix, conflits) joue comme facteur accélérateur (voir les initiatives japonaises pour l’utilisation maitrisée des terres rares).
  • Des démarches d’innovation (voir les PIA, les appels à projets, français et européens, ceux de la Banque mondiale et du PNUD…).
  • Les comportements de consommation responsables (des ménages, des administrations et des entreprises industrielles, agricoles et de services) et les durées d’usage : réparer plutôt que remplacer).
  • Explorer le concept de circularité dans l’écosystème de l’économie numérique (vaste tâche, des enjeux forts si l’on remonte aux sources matières, car ne risquent-elles pas de se raréfier ?).
  • Mener une réflexion en termes de gestion prévisionnelle des ressources humaines (GPRH) et d’adaptation des formations.

 

Les 3 défis :

    • Des contradictions (réemploi / nouvelles normes …) ; voir pour l’automobile, la construction de logements et bureaux : n’accélère-t-on pas dans le même temps le risque d’obsolescence 
    • Quid d’un cadre législatif et réglementaire, aujourd’hui absent ou très fragmentaire  à la différence de pays comme le Japon, qui a légiféré très tôt et où la circularité est devenue une composante cuturelle forte, l’Allemagne, les Pays-Bas et la Chine ? Un cadre pour les initiatives territoriales (par exemple, élaboration de schémas territoriaux pour l’économie circulaire : bilan prévisionnel matières et ressources, gestion des flux, R&D, réseaux d’acteurs -un outil possible en constituant des GIPMEC (groupements d’intérêt public pour l’Economie circulaire …) ou des GIEMEC (groupements d’intérêt économique pour l’EC …) - .
    • Economie circulaire et création d’emplois ? Un sujet en réalité complexe et des estimations sans doute très optimistes : en changeant de modèle économique, on réaffecte les emplois, on transforme les emplois et on peut les enrichir ; mais dégage-t-on avec l’économie circulaire un solde net globalement et très significativement positif ? Cela reste à élucider et dépend de la manière dont l’économie de la fonctionnalité, qui induit une offre nouvelle de prestations de services, pourra se développer! Un enrichissement du contenu des emplois donc, au-delà des métiers du recyclage que l’on connait aujourd’hui, certainement, et avec des besoins nouveaux de compétences et de formation.

Gagner du temps en combinant les deux thématiques clés que nous suivons de très près (ville intelligente et économie circulaire) aux bonnes échelles territoriales : est-ce suffisant globalement au regard des enjeux de la planète et de son réchauffement qui s’accélère ?

Non, sans doute, dans cette course contre la montre.

Il n’y a guère d’autres choix que d’avancer à grands pas sur tous ces fronts ! Villes, régions, provinces, agglomérations vont jouer un rôle décisif si elles parviennent à mettre en œuvre des objectifs ambitieux.

Et à l’échelle des Etats, d’affirmer leurs engagements dès le court terme, et de rechercher, même régionalement (au sens des continents) des voies de coopération, des partenariats technologiques et financiers.

Quelles auront été les avancées de la COP 22 de Marrakech par rapport à la COP 21 à laquelle nous avions participé l’an dernier ? Et les prochaines étapes ?

JL Husson

 

 

 

[1] Urbanwiki®, une plate-forme collaborative inédite qui rassemble les nouveaux savoirs, expériences et méthodes en matière d’innovations urbaines afin de les mettre à disposition et au service de tous les acteurs de la ville (Entreprises, collectivités locales, aménageurs, usagers de la ville, chercheurs …) tant pour la gestion des services urbains (déchets, eau, énergie, transport, …) que les projets de construction et d’aménagement.

Objectif : constituer un carrefour planétaire des innovations urbaines et faciliter les expérimentations et les démonstrateurs sur les territoires par l’échange de bonnes pratiques et le recensement des écueils à éviter.

 

 

 

[1] Urbanwiki®, une plate-forme collaborative inédite qui rassemble les nouveaux savoirs, expériences et méthodes en matière d’innovations urbaines afin de les mettre à disposition et au service de tous les acteurs de la ville (Entreprises, collectivités locales, aménageurs, usagers de la ville, chercheurs …) tant pour la gestion des services urbains (déchets, eau, énergie, transport, …) que les projets de construction et d’aménagement.

Objectif : constituer un carrefour planétaire des innovations urbaines et faciliter les expérimentations et les démonstrateurs sur les territoires par l’échange de bonnes pratiques et le recensement des écueils à éviter.

Jean louis Husson

20 novembre 2016

 

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